L’empreinte carbone, on en entend parler partout. Mais dès qu’on essaie de l’expliquer, les choses se compliquent : tonnes de CO₂ équivalents, chiffres abstraits,… Alors, on ne comprend pas très bien, et par conséquent on retient peu de choses et il y a alors peu de chance qu’on agisse !
Et pourtant, l’empreinte carbone n’est pas un concept réservé aux experts. Avec les bons mots et les bonnes images, elle devient plus simple à comprendre, aussi bien pour les enfants que pour les adultes.
Voici 5 métaphores et exemples concrets que j’utilise régulièrement en famille, en ateliers ou avec des groupes.
Des outils pédagogiques faciles à réutiliser, qui déclenchent souvent ce petit moment de compréhension : « ah oui, vu comme ça… »
1. L’empreinte carbone, comme des traces de pas
C’est la métaphore la plus simple… et la plus parlante.
Quand on marche sur le sable ou dans la neige, on laisse des traces derrière nous. L’empreinte carbone, c’est exactement la même chose : chaque action de notre quotidien laisse une trace invisible dans l’atmosphère.
Manger, se déplacer, se chauffer, acheter un objet… Tout laisse une empreinte, plus ou moins grande. Et ce n’est pas une question de bien ou de mal. C’est une question de taille de trace.
2. Le “sac à dos invisible” lourd de CO₂
Chaque objet que nous utilisons arrive avec un sac à dos invisible rempli de gaz à effets de serre dont le CO₂. Cette métaphore permet d’aborder le poids en CO2e.
Prenons l’exemple d’un smartphone, à chaque étape de vie, le « sac à dos » de notre smartphone se remplit :
- extraction des métaux
- fabrication des composants
- assemblage du smartphone
- transport
- utilisation
- fin de vie
Tout cela a déjà produit du CO₂ avant même que l’objet arrive entre nos mains.
Plus un objet est complexe, plus son sac à dos est lourd.
Prendre soin, réutiliser, réparer, acheter d’occasion, c’est ne pas créer un nouveau sac à dos.
3. Le budget carbone, comme l’argent de poche
Nous avons l’habitude de gérer un budget en euros. Le budget carbone fonctionne de la même façon.
Chaque année, nous disposons d’une quantité limitée de CO₂ que la planète peut absorber sans se dérégler davantage.
Et chaque geste du quotidien “coûte” plus ou moins cher en carbone.
Si on dépense tout son budget dans un poste (par exemple les déplacements), il ne reste plus grand-chose pour le reste.
Cette image aide beaucoup à comprendre pourquoi tout ne peut pas être “illimité”.
Mais on peut rassurer également. Certaines activités peuvent être illimitées. Tout ce qui nous rend souvent le plus heureux comme profiter de temps en famille, jouer, se promener à la plage, dans les bois ou dans un parc, lire et raconter des histoires, chanter, faire ou écouter de la musique, faire du sport… Toutes ces activités n’émettent pas ou peu de carbone, alors profitons-en.
4. La baignoire qui déborde
Le réchauffement seul n’est pas inquiétant. Ce qui l’est, c’est sa vitesse. Il y a 11700 ans, la planète a eu besoin de 5000 ans pour se réchauffer de 5°. Aujourd’hui notre planète se réchauffe 10 fois plus vite ce qui ne permet pas à nos écosystèmes de s’adapter.
Imagine une baignoire :
- le robinet, ce sont nos émissions de CO₂
- la bonde, ce sont les capacités naturelles de la planète à absorber ce carbone (forêts, océans…) et à s’adapter.
Aujourd’hui, le robinet coule beaucoup plus vite que ce que la bonde peut évacuer. Résultat : la baignoire déborde. Réduire son empreinte carbone, ce n’est pas vider la baignoire d’un coup. C’est ralentir le robinet.
5. L’empreinte carbone comme une histoire à raconter
Les enfants comprennent très bien les histoires.
On peut expliquer l’empreinte carbone comme le récit du voyage d’un objet :
- d’où vient-il ?
- qui l’a fabriqué ?
- comment est-il arrivé jusqu’à nous ?
- que deviendra-t-il ensuite ?
Plus l’histoire est longue et compliquée, plus l’empreinte carbone est élevée. C’est une porte d’entrée pour parler de consommation, de ressources et de sobriété, sans faire la morale.
Ce qu’il faut retenir
L’empreinte carbone n’est pas un outil pour culpabiliser. C’est un outil de compréhension et de choix. 5. Le poids invisible de nos choix
Un kilo de tomates produites localement et de saison n’a pas le même “poids carbone” qu’un kilo de tomates produites sous serre chauffée ou importées de loin. Dans l’assiette, ça ne se voit pas. Mais pour le climat, la différence est bien réelle.
L’empreinte carbone permet de rendre visible l’invisible derrière nos choix. Quand on comprend mieux, on peut enfin faire des choix plus cohérents.
Pour aller plus loin : expérimenter ensemble, de façon ludique
Comprendre l’empreinte carbone, c’est une chose. La vivre concrètement et en discuter ensemble, c’en est une autre.
C’est pour ça que j’anime aussi des ateliers “Inventons nos vies bas carbone”, en formats jeunes et familles.
Ce sont des ateliers ludiques et collaboratifs, qui permettent de :
- comprendre où se cache réellement l’empreinte carbone dans notre quotidien,
- comparer des choix de vie sans jugement,
- discuter, réfléchir et imaginer des alternatives réalistes.
Ces ateliers peuvent être organisés :
- au sein des familles ou entre amis,
- dans une médiathèque,
- pour une association, une collectivité ou un groupe de jeunes.
On y apprend beaucoup… et surtout, on repart avec des idées concrètes adaptées à sa réalité.
Choisis une métaphore dans cette liste et teste-la avec un enfant, un proche, une classe. Observe ce qui se passe.
Souvent, la discussion démarre toute seule. Et dis-moi quelle métaphore te parle le plus ?
Crédit photo : Image par Pexels de Pixabay
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J’aime l’image du «sac à dos invisible», ça donne une belle façon de visualiser l’impact de nos choix quotidiens.🌍
Le poids d’un sac à dos « parle » à tous les âges. Merci pour votre commentaire.
» L’empreinte carbone n’est pas un outil pour culpabiliser » , dis-tu . Pas si sûr … As-tu lu le livre de Daniel Husson » Climat, de la confusion à la manipulation » ? Bonne lecture .
Bonjour Bruno, non je ne l’ai pas lu. Mais je vais remédier à ça. Tous les points de vu sont intéressants.
Toutefois, ça reste à mon sens un outil et comme tous les outils, c’est à nous de voir l’usage que nous souhaitons en faire. Il est important d’avoir une image assez précise de ce que l’on veut changer… si je n’ai pas conscience du problème et de son ampleur, je ne peux pas le modifier intentionnellement et efficacement. Je te remercie pour cette suggestion de lecture.
J’adore la manière dont tu redonnes chair et simplicité à un concept souvent abstrait. La métaphore du sac à dos invisible m’a particulièrement parlé : elle permet aux enfants (et aux grands) de comprendre que chaque objet transporte une histoire — parfois lourde — qu’on ne voit pas.
J’évoque souvent le fait que voyager, ce n’est pas seulement aller loin, mais aussi comprendre l’impact de nos pas. Et ces pas peuvent devenir plus légers quand on apprend à marcher autrement, plus présent·e, plus relié·e.
Merci pour ce magnifique outil d’éveil. Ce que tu proposes ici — enseigner l’empreinte carbone sans culpabilité, en passant par le jeu, l’image, le récit — me touche particulièrement.
Je crois comme toi que c’est par l’expérience sensible, ludique et collective qu’on change les choses en profondeur. Sur Noirenvoyage, j’aime accompagner les voyageurs à retrouver un lien plus direct avec les écosystèmes… pour que l’on ait moins envie de les abîmer.
Merci Ida. J’apprécie beaucoup la vision du voyage que tu transmets. Effectivement les voyages peuvent être une occasion de se rapprocher du Vivant ! Ca peut être également, comme tu le partages si bien, une occasion de se découvrir, se reconnecter à soi, de se dépasser, de sortir de sa zone de confort. Le voyage n’est alors plus juste un consommable, ou un moyen de se démarquer socialement (plus de distance, plus de fréquence, accumulation de tampons sur un passeport..;) mais une véritable expérience et immersion. Les voyageurs que tu accompagnes sont chanceux. Encore merci pour ton commentaire. Et tu es la bienvenue sur ce blog quand tu veux pour partager ta vision du voyage.
Dans le cadre de ma formation guide nature, je viens de prendre part à un module de 2 jours sur l’écocitoyenneté et on a commencé par aborder l’empreinte carbone.
Je suis d’accord avec toi que ce n’est pas juste un outil pour culpabiliser, mais tout de même, lorsqu’on sait qu’on doit arriver à empreinte de +/- « 2 » pour limiter le dérèglement climatique et que je suis à « 7,2 », et que la moyenne du pays est à « 13 »… ça fout quand même un coup au moral.
Alors oui il y a encore des pistes pour améliorer ma situation personnelle, mais quand on observe les choses de façon pragmatique et pour l’ensemble de la population, on est quand même mal barré :-/
Je te remercie Michaël pour ton commentaire. Il est tout naturel de s’inquiéter. En effet, même si dans l’ensemble tout le monde (citoyens, entreprises, collectivités…) sait ce qu’il doit faire pour réduire l’empreinte carbone, la seule donnée que nous ne pouvons ni prévoir, ni contrôler dans les scénarii possibles, c’est la réaction et les actions de l’Homme à tous les niveaux. Cette incertitude est angoissante.
Mais je sors d’un atelier avec des enfants qui m’ont dit que réduire notre empreinte carbone de moitié d’ici 2030 (de 10T co2e à 5T de co2e), c’est possible et que nous serons même heureux ! Alors… allons-y ! Donnons leur raison 🙂
Merci pour toutes ces métaphores qui permettent d’aborder plus facilement un concept bien complexe! J’aime beaucoup l’idée du sac à dos et de la baignoire. Ils mettent en lumière différents aspect de l’empreinte carbone et dédramatise un peu ce sujet qui peut vite devenir anxiogène pour certains.
Avec plaisir 🙂 Pour dédramatiser, n’hésitez pas à partager et à chercher avec eux les activités qui émettent peu ou pas d’émission de Co2e, dont on peut profiter de manière illimité et qui nous font du bien : lire, dessiner, chanter, danser faire de la musique, balade dans la nature, du temps ensemble, entre amis, faire du sport, câliner son animal de compagnie…