J’avais d’abord pensé te partager mon plan d’attaque dans ce 3e article.
Mais ces derniers temps, j’ai beaucoup lu sur la sobriété numérique et le zéro déchet… et je ne cesse d’être choquée. J’ai lu ou relu des chiffres qui m’ont secouée. On a cette sensation — et même cette croyance — que si ça ne pèse rien et si ce n’est pas visible, alors ça ne coûte rien.
Est-ce que je suis la seule ?
Je ne veux pas te faire la leçon, ni dire que c’est mal d’utiliser le numérique.
Je veux simplement te partager ce que je découvre, ce que je réalise, ce dont je prends conscience.
Sans cette conscience précise — difficile à avoir, car tout cela est invisible sauf si c’est ton métier — comment changer les choses ?
Quand on parle de pollution, on pense souvent aux voitures, aux avions ou aux usines. Mais rarement à nos mails, nos vidéos ou nos applis préférées. Pourtant, derrière chaque clic se cache un monde bien réel : de l’énergie, des métaux, des serveurs qui tournent jour et nuit… et beaucoup d’argent.
Sais-tu qu’il est prévu de créer un euro numérique ?
Personnellement, je me pose déjà la question : faut-il absolument tout numériser ? tout dématérialiser ?
Je trouve ça effrayant, et j’ai l’impression de vivre dans un monde qui perd sa substance.
Bref, ce projet d’euro numérique pourrait coûter 30 milliards d’euros (Capital.fr) !
Pas si “gratos” la numérisation…
Je l’avoue sans problème : avant de m’intéresser à la sobriété numérique, j’avais moi aussi du mal à y croire.
C’est tellement invisible à nos yeux ! Comment quelques grammes de données peuvent-ils peser autant sur la planète ?
Et pourtant…
Un monde de données, un monde d’énergie
Chaque photo envoyée, chaque série regardée, chaque sauvegarde dans le “cloud” consomme des ressources et de l’énergie. Malgré son nom léger, les données ne flottent pas dans les nuages : elles dorment dans d’immenses centres de données (“data centers”), refroidis en permanence pour éviter la surchauffe.
Et parfois, ça ne suffit pas : on l’a vu récemment avec la surchauffe de ChatGPT lors de la création massive d’images inspirées de Ghibli.
Ces bâtiments géants sont très énergivores :
- Ils consomment de grandes quantités d’eau pour se refroidir.
- Ils nécessitent une électricité constante, souvent issue d’énergies fossiles.
- Ils polluent l’air et impactent la santé publique.
Résultat : le numérique représenterait aujourd’hui près de 4 % des émissions mondiales de CO₂, soit davantage que l’aviation civile. Et cette part continue de croître chaque année.
D’après une nouvelle étude1, l’entraînement d’un modèle comme Llama-3.1 (lancé par Meta dans la course à l’IA) pourrait produire autant de pollution de l’air que 10 000 allers-retours en voiture entre Los Angeles et New York.
Le cycle de vie de l’intelligence artificielle participe donc à la hausse des cas d’asthme, de cancers et de maladies cardiovasculaires.
Nos appareils, véritables mines à ciel ouvert
Avant même d’allumer nos écrans, la pollution a déjà commencé.
La fabrication d’un smartphone, d’une tablette ou d’un ordinateur mobilise des dizaines de métaux rares : lithium, cobalt, cuivre, or… extraits souvent dans des conditions environnementales et sociales désastreuses. (Si tu peux le supporter, consultes les rapports des ONG rapportant le travail extrêmement dangereux de 10 de milliers d’enfants pour extraire ces métaux précieux.)
Et ce qui surprend le plus, c’est que 80 % de l’impact environnemental d’un appareil se joue avant son premier allumage. Autrement dit : le plus polluant, ce n’est pas de l’utiliser, c’est de le fabriquer.
Je ne vais pas refaire tout le parcours d’un téléphone portable — il existe de nombreux sites et guide qui l’expliquent très bien, notamment sur le site de l’Ademe2. Vous retrouverez plusieurs références à la fin de cet article.
Et si tu veux aborder la question avec tes enfants, je te recommande la vidéo de 1jour1actu : courte, claire et accessible (tu peux la regarder même sans enfant, hein ! 😄).
C’est pourquoi garder un téléphone 5 ou 6 ans au lieu de 2 ou 3 divise presque par deux son empreinte carbone.
Préférer un smartphone reconditionné est un vrai geste vert.
Évidemment, ce n’est pas ce qu’on nous vend : 10 milliards de smartphones ont été écoulés entre 2007 et 2019 ! Et ça continue.
Le premier iPhone est sorti en 2007, et en 2025, on en est à l’iPhone 17 Pro… avec chaque année une gamme plus étendue. Je te laisse faire le calcul.
53,6 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques sont jetés chaque année. Soit l’équivalent de 100 000 Airbus A380.
ADEME – Nouvelle infographie3 : comment devenir plus malin avec son smartphone ?
La face cachée du “cloud”
Le cloud, c’est tellement pratique !
Il permet d’accéder à nos documents partout, tout le temps, et de les partager facilement.
Et si on a déjà perdu des fichiers ou des photos, cette sauvegarde paraît salvatrice.
Mais soyons honnêtes : à l’époque, je ne me suis jamais demandé si ce “nuage” avait un impact écologique. Spoiler : oui, et pas des moindres.
Chaque photo, chaque vidéo ou document sauvegardé en ligne doit être copié, alimenté et refroidi.
Plus on en stocke, plus les serveurs tournent.
Ce n’est pas anodin :
– une boîte mail remplie de vieux messages,
– un drive débordant de fichiers,
– des photos jamais triées dans le cloud…
Multipliés par des millions d’utilisateurs, ces petits gestes pèsent très lourd.
Et toi, sais-tu combien de documents t’appartenant sont aujourd’hui stockés dans des clouds ? Non ? Moi non plus! Et je crois qu’il est devenu difficile d’en faire l’inventaire.
Le streaming, grand champion de la surconsommation
C’est le soir, j’ai eu une journée bien chargée et j’ai envie de regarder un film en streaming. Cela semble inoffensif. Pourtant, selon l’ADEME, une heure de vidéo en ligne peut émettre autant de CO₂ qu’une ampoule allumée pendant plusieurs jours. 4 films entre 1h30 et 2h (ou 8 épisodes de 40-50 minutes d’une série) par semaine par an, émet autant de CO₂ que 3 aller-retour Paris Marseille en TGV.
Et quand on pense à toutes les séries qu’on enchaîne, les vidéos qu’on fait défiler sans y penser, ou les pubs automatiques sur les réseaux… le total grimpe vite. Heureusement, il existe des solutions toutes simples :
- Avant tout chose : réduire !
- Baisser la qualité vidéo quand ce n’est pas nécessaire,
- Télécharger plutôt que streamer,
- Écouter sans image (pour les podcasts ou la musique).
Ce sont de petits gestes, mais multipliés par des millions d’utilisateurs, ils peuvent faire une vraie différence.
Le paradoxe du progrès
Je ne suis pas technophobe — loin de là. Internet nous relie, nous informe, nous fait rire et rêver. Le numérique a ses merveilles, mais aussi ses limites. Comme pour tout, la clé est dans l’équilibre.
Ce défi de sobriété numérique me fait prendre conscience que nos outils ne sont pas neutres.
Ils ont un coût caché que nous ne voyons pas — mais que la planète, elle, paie bien. Et plus encore : nous le payons nous-mêmes, sans même faire le lien.
Comprendre cet impact, c’est déjà reprendre le pouvoir sur nos usages.
Et ce pouvoir, nous l’avons tous : celui de décider quand, comment et pourquoi nous nous connectons.
Oui, je me répète — parce que c’est par nos choix que passe notre responsabilité personnelle (principe fondamental en permaculture).
Et si on apprenait à faire mieux avec moins ?
À choisir les usages qui ont vraiment du sens ?
À ralentir pour redonner de la valeur à chaque clic ?
C’est mon défi, est ce que ça sera aussi le tien ? Je te retrouve la semaine prochaine pour passer à l’action. Prêt ?
Cet article fait partie du défi « Sobriété numérique »
À lire ensuite : Mon plan d’attaque pour reprendre le contrôle (et débrancher sans frustration)
L’article précédent : Comment les applis de nos smartphones nous piègent et nous rendent accros ?
Et toi, savais-tu que ton cloud consommait autant d’énergie ? Quelles seraient tes premières idées pour réduire ton empreinte numérique ?
- Han, Y., Wu, Z., Li, P., Wierman, A., & Ren, S. (2024). The unpaid toll: Quantifying the public health impact of ai. arXiv preprint arXiv:2412.06288. ↩︎
- ADEME. (09/2023). Longue vie à notre smartphone – Collection : Clés pour agir. https://librairie.ademe.fr/index.php?controller=attachment&id_attachment=5541&preview=1 ↩︎
- ADEME. (08/2023). Comment devenir plus malin avec son smartphone – Collection : Clés pour agir. https://www.qqf.fr/infographie/comment-etre-plus-malin-que-son-telephone/ ↩︎
Crédit photo : Image par Wynn Pointaux de Pixabay

Article ultra intéressant et tellement d’actualité! Je suis très sensible au sujet de l’écologie et particulièrement au sujet de l’impact du numérique sur celui ci… l’utilisation de l’IA ne va faire qu’accroître nos dépenses énergétiques et d’épuiser notre précieuse réserve en eau… en effet, ça fait réfléchir, surtout quand on l’utilise pour travailler! J’habite à côté d’une des plus grosses mines de lithium d’Europe et je me rends compte à quel point nos consommations complètement déraisonnables et déraisonnées détruisent nos écosystèmes sans que cela n’inquiète les pouvoirs publics qui préfèrent cacher les informations compromettantes à la population plutôt que d’assumer clairement leur choix… on est très loin de la transition écologique que l’on nous vend! Merci de mettre en lumière ce sujet très sensible au devant de la scène
Merci pour ton commentaire, ça me fait très plaisir que tu es pris le temps de m’écrire.
Je partage complètement ton ressenti : plus j’avance dans ma démarche, plus je réalise à quel point notre « monde connecté » repose sur une déconnexion totale de la réalité écologique. Vivre à côté d’une mine de lithium doit rendre tout cela encore plus concret… Ce que tu dis me rappelle pourquoi j’ai voulu écrire cet article : pour remettre en lumière ce qu’on ne veut pas toujours voir. Je crois qu’en parler, c’est déjà une manière d’agir : plus on comprend les enjeux, plus on peut faire des choix éclairés. Et comme tu le dis, il est urgent que ces sujets soient traités avec transparence, pas cachés sous le tapis ! On a besoin de lucidité, mais aussi d’espoir et d’action au quotidien. Bien à toi🌱
Aïe… ton article m’a mis une bonne claque de conscience. 😅
On pense “dématérialisé = propre”, et on oublie tout ce qu’il y a derrière l’écran. Merci pour la piqûre de rappel.
Je crois que je vais sérieusement regarder mes habitudes d’envoi de pièces jointes géantes…
Prendre conscience est le premier pas et un des plus important. Alors bravo ! Et merci d’avoir pris le temps de lire cet article et de l’avoir commenté.