J’ai longtemps cru que le téléphone portable était un outil au service de ma vie : il devait me simplifier le quotidien, me rendre plus efficace et garder le lien avec mes proches. Mais au fil du temps, j’ai réalisé que je n’étais plus maîtresse de l’outil : c’est lui qui dictait mes gestes, mes habitudes et parfois même mes émotions. J’ai commencé par supprimer l’application qui me prenait le plus de temps : Instagram. Mais je sens bien que ce n’est pas suffisant. Ce téléphone est comme un fil à la patte.
Mon premier portable
Je me souviens de mon premier portable. Il était bordeaux, avec une forme arrondie qui tenait bien dans la main, un petit écran monochrome rétroéclairé, et une antenne qu’il fallait parfois tirer pour mieux capter. Pour me l’offrir, j’avais dû signer un engagement de deux ans chez SFR : un vrai investissement ! Pas de forfait illimité à l’époque, mais un système compliqué — semaine, week-end et nombre limité de textos. La facture pouvait grimper très vite.
Il fallait compter chaque lettre, ruser pour faire tenir un message en un seul texto. Toujours près de moi même la nuit car il est rapidement devenu mon réveil. Chaque matin et chaque soir, je consultais ce téléphone en espérant recevoir un message, de ma famille, de mes amis… qui ne venait pas toujours. Déception, excitation, attente : déjà, le téléphone prenait plus de place que prévu.
Du refus de smartphone à l’addiction
Quelques années plus tard, avec l’arrivée des BlackBerry, j’ai vu mon mari happé par ce nouvel usage professionnel. Toujours dérangé, toujours disponible, à n’importe quelle heure et en tout lieu.
J’ai d’abord refusé d’avoir un smartphone, persuadée que je ne voulais pas tomber dans le piège. Jusqu’au jour où j’en ai reçu un en cadeau… et là, j’ai rapidement succombé, surtout grâce aux photos.
En quelques mois, je me suis surprise à tout photographier, à partager aussitôt et à attendre les réactions. Et puis Facebook ! C’était formidable d’échanger en continu avec nos proches. Mais peu à peu, le cercle s’est élargi : amis d’amis, connaissances, puis des personnes que je ne connaissais même pas dans la vraie vie.
La sensation d’être esclave de l’outil
Le numérique devenu “naturel”
Aujourd’hui, je me rends compte que le numérique s’est glissé partout, presque naturellement, comme s’il allait de soi. J’en ai encore plus pris conscience en écoutant l’épisode « L’éloge du bug » sur France Inter. L’invité, Marcello Vitali Rosati, explique dans son livre que nous avons “naturalisé” le numérique : écrire sur un traitement de texte, payer avec son téléphone, partager sa vie en ligne… tout cela est devenu un réflexe.
Parce que tout semble simple, intuitif, ergonomique, pratique, productif… nous oublions la mécanique matérielle, technique et économique qu’il mobilise. Souvent, nous ne sommes même pas en mesure de la comprendre. Pour nous, il est normal que ça fonctionne, point. Et c’est souvent seulement quand ça tombe en panne que nous prenons conscience de ce qui se cache derrière.
Cette illusion de facilité nous prive aussi d’autres façons de faire, parfois plus adaptées à nos vrais besoins. N’est-il pas plaisant, par exemple, de recevoir une lettre manuscrite d’un ami, écrite au stylo sur un joli papier ? Rien à voir avec un message instantané sur un écran. Derrière cette “évidence numérique”, il y a en réalité des infrastructures énergivores et coûteuses, dissimulant les conditions matérielles et économiques effectives qui se cachent derrière la conception de nos outils. Et cela limite en partie notre liberté de les utiliser vraiment comme nous le voudrions.
Le coût caché
Mais derrière cette évidence se cache une réalité plus lourde : un objet fragile, coûteux à fabriquer, à recharger sans cesse, qui vieillit vite et qu’on remplace régulièrement. En 25 ans, j’ai déjà eu un portable et 4 smartphones ! Rien que pour sa fabrication, mon dernier téléphone représente environ 40 kg de CO₂e.
Et ce n’est pas tout : aux forfaits data et abonnements internet s’ajoutent parfois des applis payantes ou des options qu’on renouvelle sans y penser. La facture grimpe vite.
Les usages qui nous happent
Et puis il y a les usages : toutes ces applications qui grignotent mon temps, celles qui m’occupent ou me distraient. Le ludique (jeux, photos, réseaux) est un énorme moteur de dépendance. Ajoute à cela les notifications incessantes, le vertige devant la multiplication des canaux (Messenger, WhatsApp, Telegram, SMS, mails…) et cette question : faut-il vraiment tout lire ? Sans oublier la fuite de nos données et l’impression d’être disponible 24h/24.
Conclusion
Alors oui, j’ai déjà fait un premier pas en supprimant Instagram. Mais tu le vois bien : entre l’empreinte écologique, le coût caché et les usages qui nous accaparent, le smartphone est bien plus qu’un simple outil. Si je veux vraiment reprendre la main, il me faut un plan d’attaque. Et c’est justement ce que je prépare : dans le prochain article, je t’expliquerai pourquoi ces outils sont conçus pour nous rendre accros… avant de dévoiler ma stratégie pour j’espère, m’en libérer.
Dans le prochain article, je t’expliquerai pourquoi ces outils sont conçus pour nous rendre accros… avant de dévoiler mon plan d’attaque complet !
Et toi, quelle est ton histoire avec ton premier téléphone ? Raconte en commentaire !
Cet article fait partie de la série « Défi Sobriété Numérique ».
À lire ensuite : Pourquoi nos téléphones nous rendent accros (et comment les applis nous piègent).
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J’ai beaucoup aimé le cheminement que tu décris : du refus initial à la prise de conscience que le téléphone ne sert plus seulement tes besoins, mais parfois les pilote. Le passage où tu parles du “numérique naturalisé” est tellement juste : ces usages qui deviennent invisibles, qui s’immiscent doucement dans nos gestes, nos réflexes, nos émotions… et finissent par nous déposséder de notre temps et de notre liberté. Bravo pour ce défi inspirant !
Je te remercie pour ton commentaire. Cé défi n’est pas simple. J’ai déjà essayé de passer à un usage raisonné, j’ai en partie réussi, mais tant que le téléphone est là, la tentation est grande de se laisser absorber et porter par ces habitudes partagées avec tous ! Plusieurs proches pensent que ce n’est pas possible aujourd’hui de vivre sans smartphone. A suivre.
Excellent la photo old school 🙂
Stop addiction !
C’est la photo de mon premier portable, sauf qu’il était rouge !
Ahh la facilité d’accuser l’objet et non de se remettre en question: un classique. Pourtant je suis sûre que quand vous consultez la data de votre site, vous constaterez que la majorité de vos lecteurs vous lisent sur smartphone. Bon , j’avoue je me fais l’avocat du diable mais je suis Consultante en Marketing Digital, c’est plus fort que moi!
Donc le smartphone vole votre temps, il est certes intelligent mais peut être pas à ce point. Ok votre cerveau se dit entre une activité ou il devrait enregistrer une grosse activité cérébrale ou une autre, ou il n’aura rien à faire, et bien il choisira la seconde: lui même est en économie d’énergie =). Ce n’est pas de votre faute ou de celle d’instagram, c’est notre cerveau. Alors oui, comme pour nos enfants avec family link, nous avons besoin d’apprendre à nous réguler, à faire preuve de discipline.
Le Smartphone est un objet, qui je l’avoue, m’est devenu indispensable, pour mon travail, parce que je vis à la campagne, pour géolocaliser mes enfants, pour connaître mes performances sportives, pour me détendre, MAIS, il est à mon service. Donc il est en permanence sous silencieux, j’ai des plages horaires définis ou je consulte mes messageries, mes réseaux et désactive toutes notifications. Aucune envie de revenir à l’âge de pierre…
Merci beaucoup pour ton commentaire, il est passionnant et apporte un éclairage précieux de ton point de vue de consultante en marketing digital 🙏.
Tu as tout à fait raison : l’objet en lui-même n’est pas « coupable », et notre cerveau joue aussi son rôle en préférant la facilité ou la distraction. Mais comme tu le soulignes, il y a aussi tout l’univers des applis qui ont été pensées pour exploiter ces failles — le fameux « si c’est gratuit, c’est toi le produit ». Être conscient de ça est déjà une première forme de discipline, et c’est ce que j’essaie de mettre en pratique avec ce défi.
Je partage aussi ton idée que l’enjeu n’est pas de « revenir à l’âge de pierre » mais de choisir ses supports, ses outils et la manière dont on veut les utiliser. Mon objectif est justement de montrer qu’il existe d’autres façons de répondre à nos besoins (se détendre, s’organiser, garder le lien…) sans passer systématiquement par le smartphone.
Ton témoignage sur ta façon d’utiliser le tien est super inspirant, je suis sûre qu’il pourra donner des pistes concrètes aux autres lecteurs. Merci encore pour cette contribution