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Comment consommer moins sans avoir l’impression de se priver ?

Une femme lit installé à sa table dans un salon chaleureux mais épuré.

C’est une question qu’on m’a posée lors d’une interview. Et, sur le moment, je ne savais pas quoi répondre… Parce que, honnêtement, je ne pense pas avoir déjà eu l’impression de renoncer ou de me priver.
Pourtant, dès qu’on parle de consommer moins ou de sobriété, beaucoup entendent tout de suite : frustration, renoncement, retour en arrière, vie triste et austère.

Et c’est assez logique. Notre imaginaire collectif associe encore largement l’abondance au bonheur, et la sobriété au manque. Pourtant, dans la vraie vie, celles et ceux qui ont déjà amorcé ce virage racontent souvent tout autre chose. Ils parlent de plus de liberté, plus de temps, plus de clarté, plus de cohérence, moins de stress… et même plus de plaisir.

Et si le problème n’était pas tant ce qu’on enlève, mais la manière dont on regarde ce qu’on garde ?

Je te propose 10 changements de regard pour consommer moins sans avoir l’impression de se priver — et même, parfois, avec un vrai sentiment de richesse.

1. Passer de « je renonce » à « je choisis »

Commençons par le vocabulaire. La privation est subie. La sobriété choisie est un acte volontaire.

Aujourd’hui, (je me répète) nous pouvons encore choisir notre façon de réduire, d’agir, de consommer. Et, à mon sens, c’est bien plus agréable que lorsque ces changements nous sont imposés.

Ne plus acheter quelque chose dont on n’a pas vraiment besoin, ce n’est pas perdre une liberté. C’est reprendre le pouvoir sur ses choix.

Je suis comme tout le monde : les étincelles du marketing m’ont parfois convaincue que j’avais besoin d’un nouvel appareil ou d’une nouvelle tenue… dont je n’avais pas réellement besoin. Inutile de se flageller. Mais aujourd’hui, je décide mais je ne me prive pas.

2. Remplacer l’accumulation par l’usage réel

On confond souvent possession et utilisation. Beaucoup d’objets dorment dans les placards, simplement parce qu’à un moment donné, on a trouvé rassurant ou agréable de les avoir.

Quand on consomme moins, on se recentre sur ce qu’on utilise vraiment, et ce qui nous rend réellement service. Inutile, par exemple, d’avoir une collection de 20 moules à gâteau _ difficiles à ranger à cause de leurs formats différents _ si, au final, on cuisine surtout des tartes et des cakes.

Avoir moins d’objets, permet souvent d’avoir les objets les plus pertinents pour notre usage réel.

3. Abandonner le “au cas où”

Le « au cas où » remplit nos maisons… et nos têtes. Il est souvent nourri par la peur du manque, mais pas seulement. Il y a aussi ce besoin d’être prêt à toute éventualité.

Les scénarios sont alors infinis : au cas où j’aurais des invités surprises, au cas où j’aurais le temps de me mettre au tricot, au cas où nous serions confinés, au cas où je reprendrais le sport… La plupart du temps, ces objets sont inutiles.
Il est tout simplement impossible de prévoir ce qui va arriver — à moins d’être devin. Et, en pratique, on trouve presque toujours une solution sur le moment… sans même penser à utiliser ce qu’on avait gardé « au cas où ».

Changer de regard, c’est accepter que tout n’a pas besoin d’être anticipé, et qu’on saura s’adapter le moment venu.

Il y a même un bénéfice insoupçonné à avoir moins d’objets stockés : on gagne en créativité et en confiance. Je le ressens particulièrement quand il y a peu de nourriture dans les placards… et que je réussis quand même à préparer un bon repas.

4. Voir la sobriété comme un allègement, pas une restriction

Qui n’a jamais eu l’impression d’avoir trop à faire, trop à gérer ?

Chez moi, c’est flagrant. Je me plains souvent d’avoir trop de choses à gérer, à nettoyer, à ranger, à organiser… et mes enfants font exactement la même chose quand je leur demande de ranger leur chambre : « Il y a trop de trucs ! »
C’est d’ailleurs ce que je leur rappelle quand ils demandent quelque chose de nouveau (neuf ou d’occasion, peu importe) : moins de choses achetées, c’est moins de choses à ranger, moins de choses à entretenir !

Consommer moins, c’est souvent se simplifier la vie. La sobriété peut être un véritable soulagement logistique et mental.

5. Remplacer le neuf par le déjà-là

Avant de courir au magasin, se poser quelques questions simples permet souvent d’éviter l’accumulation :

  • Est-ce que je n’ai pas déjà quelque chose qui fait l’affaire ?
  • Est-ce qu’un proche peut me prêter ?
  • Est-ce que je peux réparer, transformer ou détourner ?

On découvre alors une richesse insoupçonnée dans ce qui existe déjà. Un bocal devient un vase ou une boîte de conservation, un meuble peut avoir une seconde vie, une bouteille en plastique se transforme en mangeoire, des vêtements deviennent des sacs à pain… Les possibilités sont infinies.

6. Passer du plaisir immédiat au plaisir durable

L’achat apporte souvent un pic de satisfaction… souvent très court. Puis, rapidement, l’envie suivante arrive. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles on craint la privation : on a peur de perdre ce petit shoot de plaisir.

Lors de mes ateliers, je pose souvent cette question :
« Qu’est-ce qui vous a particulièrement rendu heureux cette semaine ? »

Spoiler : on ne me répond jamais « j’ai craqué pour un nouveau sac » ou « j’ai regardé les 5 saisons de Stranger Things en un week-end ! ».

En revanche, les réponses ressemblent plutôt à ça :
un dîner en famille, une soirée entre amis, un moment avec mon chien, une balade en forêt ou sur la plage, un objet réparé au repair café…

On sait donc très bien ce qui nous procure des satisfactions profondes. Et ce n’est clairement pas le fait de consommer toujours plus.

7. Redéfinir ce qu’est une “vie confortable”

« Je ne renoncerai pas à mon confort. » « Je n’ai pas l’intention de me sacrifier. » Ce sont des phrases que j’entends souvent. Alors je me pose une question : de quel confort parle-t-on exactement ?

Je suis française. Certes, il existe ici aussi des situations de grande précarité en France, mais globalement, nous sommes plutôt bien lotis. Nous bénéficions (encore) d’un système de santé solidaire, les enfants peuvent aller à l’école, l’eau coule au robinet, le pays est équipé d’infrastructures… Dans d’autres régions du monde, parfois très proches, tout cela n’est possible.

Alors, quand on parle de confort, parle-t-on vraiment de ça ? Ou plutôt du fait de laisser couler l’eau sans y penser, de ne pas éteindre les lumières, de surchauffer son logement « parce qu’on peut se le permettre » ?

À ce stade, est-ce encore du confort… ou du gaspillage ?

Le confort peut aussi être autre chose : du temps, de la simplicité, de la cohérence avec ses valeurs, de l’entraide, de l’écoute. À mes yeux, le vrai luxe aujourd’hui serait peut-être d’avoir moins à gérer, pour se consacrer à ce qui nous permet simplement de bien Vivre.

8. Sortir de la comparaison permanente

La société de consommation prospère sur la comparaison : ce que les autres ont, font, montrent.

Avant, seuls nos voisins ou nos proches pouvaient exhiber ce qu’ils avaient « en plus ». Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, tout est montré, tout le temps, à tout le monde. Et on finit par se sentir à côté si on ne joue pas le jeu.

Tu peux lire mon article « Je n’ai plus de compte instagram« .

Changer de regard, c’est aussi se demander : de quoi moi, j’ai réellement besoin ? qu’est-ce qui me fait du bien, indépendamment des normes et des injonctions ? La sobriété devient bien plus facile quand on sort du regard des autres.

9. Voir la sobriété comme une compétence, pas une contrainte

Savoir réparer, cuisiner, coudre, faire durer, adapter… Ce sont des savoir-faire précieux, et certainement pas des régressions.

De nombreux métiers ont presque disparu — forgeron, rémouleur, cordonnier… — alors même que ces compétences sont de plus en plus recherchées par les personnes en quête d’autonomie. Ce n’est pas un hasard.

Être capable de bricoler, de fabriquer, de comprendre comment fonctionnent les choses nous ouvre aussi la porte aux objets low-tech. Si le sujet vous intrigue, je vous recommande les travaux du Low-tech Lab. Et à vous le lombricomposteur, le four solaire, les toilettes sèches, etc.

La sobriété développe l’autonomie, la créativité et la confiance en soi. On ne perd pas quelque chose : on apprend.

10. Passer d’un récit de manque à un récit d’abondance choisie

Mon dernier point et conclusion. La vraie bascule se fait ici. Et j’en profite pour placer cette citation à méditer :

Simplicité, simplicité, simplicité ! Je vous le dis, que vos affaires se réduisent à deux ou trois et non une centaine ou un millier : à la place de millions comptez demi-douzaine, et tenez vos comptes sur l’ongle d’un pouce.  

Henry David Thoreau – « Walden ou la vie dans les bois »

Consommer moins, ce n’est pas vivre avec moins de tout. C’est vivre avec moins de superflu et plus de ce qui compte vraiment : plus de liens, plus de sens, plus de cohérence.

La sobriété n’est surtout pas une liste d’interdictions. C’est un changement de regard progressif pour faire autrement.

Pas besoin de tout transformer d’un coup. Comme souvent, je préfère la méthode des petits pas. Un seul déclic peut déjà changer beaucoup de choses. Rappel permaculturel : on observe, on ajuste, on teste… et on laisse le système évoluer naturellement.

Et toi, quel changement de regard te parle le plus dans cette liste ? Ou au contraire, lequel te semble encore difficile à envisager ? Dis-le moi en commentaire, je serai ravie d’échanger avec toi.

Crédit photo : Image par hoahoa111 de Pixabay
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4 commentaires sur “Comment consommer moins sans avoir l’impression de se priver ?”

  1. Merci pour cet article qui me parle tellement sur ce changement de regard pour alléger la planète et aussi notre charge mentale! Je me suis beaucoup reconnue dans « le jour où je me mettrais à la couture »… encore beaucoup de mal à me séparer de mes caisses de couture alors qu’au final j’en fais tous les 36 du mois même si mon rêve serait de réparer plus voire meme créer mes habits! mais pour l’instant j’accumule des tonnes de tissus (de recup mais quand meme)!

    1. Si c’est un rêve, c’est plus qu’un « au cas où ». Et je comprends alors que tu aies du mal à te séparer de tes affaires ! Pour la couture et le tricot, chez moi, nous avons la chance d’avoir plusieurs café-tricot et café-couture. Ce qui permet de passer de « le jour où » à un rendez-vous noté dans l’agenda. As-tu ça près de chez toi ? Je te souhaite de pouvoir nourrir ce rêve. Et je te remercie pour ton commentaire.

  2. Merci pour cet article qui dédramatise la sobriété.

    J’ai particulièrement aimé l’idée que consommer moins ne signifie pas vivre moins, mais vivre autrement. Cette nuance change tout. On associe souvent la réduction de consommation à une restriction, alors qu’il s’agit plutôt d’un déplacement de regard.

    Cela me fait écho à un article que j’ai écrit sur le voyage éthique, où j’explique que voyager de manière plus responsable n’est pas un sacrifice, mais une expérience souvent plus riche et plus alignée. Moins d’accumulation, plus de sens.

    Au fond, que ce soit dans le quotidien ou en voyage, la question n’est peut-être pas “comment avoir plus ?” mais “de quoi ai-je vraiment besoin ?”

    Merci pour cette réflexion apaisée et inspirante 🌱

    1. J’ai lu et apprécié ton article sur le voyage éthique. Et j’en recommande fortement la lecture. Je te remercie pour ton commentaire.

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