La fin de l’année est souvent ce moment un peu particulier où l’on se retourne. Pas pour juger, mais pour observer le chemin parcouru. Comme quand on s’arrête en haut d’une colline, qu’on reprend son souffle, et qu’on réalise tout le paysage déjà traversé.
Si je regarde mon propre chemin en permaculture ces dernières années, j’ai vraiment l’impression d’un voyage. Un voyage passionnant, foisonnant… parfois épuisant aussi.
Quand j’ai découvert la permaculture, j’ai été happée par sa richesse. Ce n’était pas “juste” du jardin.
C’était le vivant dans toutes ses dimensions : la terre, bien sûr, mais aussi le corps humain, l’alimentation, la santé, l’éducation, les relations, la gouvernance, la manière d’habiter le monde. Tout était lié. Et ça, ça m’a profondément touchée.
J’ai déjà raconté cette découverte dans l’article : Comment le potager m’a ouvert les portes de la permaculture ?
Le vertige de la globalité
Charles Peyrouty, pendant mon stage de conception en permaculture, nous a répété que « la permaculture est à la croisée des sciences ».
Sur le moment, cette phrase m’a enthousiasmée et très vite, elle m’a aussi donné le tournis. Car une envie, voire un besoin, est apparue : tout connaître et tout comprendre.
Mieux connaître le vivant autour de moi : les plantes, les animaux, les écosystèmes qui nous entourent ; Comprendre le corps humain, l’alimentation, la santé ;
Relier tout cela pour soutenir l’énergie du corps, limiter les substances toxiques omniprésentes et habiter le monde avec plus de conscience.
À un moment, cette soif de compréhension m’a menée sur le terrain très concret des aliments fermentés. J’en entendais partout les bienfaits, alors je me suis dit : « il faut que je sache faire ça aussi ». En quelques semaines, notre bibliothèque s’est enrichie de nouveaux livres et je me suis imposée de faire du kéfir chaque semaine, tester de nouvelles recettes.. Un véritable champ d’expérimentation s’ouvrait. Il y a eu de belles réussites, comme le tepache, et d’autres essais plus… mémorables, disons.
Avec le recul, ce n’étaient pas vraiment les aliments fermentés le sujet, mais plutôt cette difficulté à accepter de ne pas pouvoir tout explorer à fond, en même temps.
La permaculture ouvrait un champ immense, foisonnant et enthousiasmant. Tout me passionnait, et surtout, tout me semblait important. Ces dernières années, je suis donc passée d’un sujet à un autre, jusqu’à sentir peu à peu quelque chose d’autre s’ajouter dans mon sac à dos : une énorme frustration. Car vouloir tout savoir, tout maîtriser, tout incarner… c’est lourd. Et à de nombreuses reprises, cela m’a donné le vertige.
Le moment où le chemin change
Avec le temps, j’ai commencé à accepter une évidence toute simple : c’est impossible de tout connaître. En ce qui me concerne, en tout cas. Et surtout, est-ce vraiment le but ?
L’une des grandes leçons que j’ai apprises grâce à la permaculture, c’est que nous ne devons pas chercher à nous isoler ni à devenir 100 % autonomes et indépendants. Au contraire, il s’agit de se souvenir que nous vivons et faisons partie de systèmes. A l’image de la forêt.
De plus, l’un des piliers éthiques de la permaculture est de prendre soin des humains — et notamment de soi. Me flageller parce que je ne sais pas tout, que je ne retiens pas tout, ou que je n’arrive pas à tout appliquer dans ma vie, va clairement à l’encontre de ce principe.
Dans la nature, on ne demande pas à une plante de tout faire toute seule.
Certaines vont fixer l’azote dans le sol pour que d’autres en profitent.
Les insectes viennent la polliniser pour qu’elle puisse produire des fruits.
Et à la fin, elle retourne elle-même à la terre pour la nourrir. Elle profite d’un écosystème.
Et elle y fait sa part.
C’est exactement ce que je ressens lorsque je me rends aux jardins des Incroyables Comestibles.
J’y perçois un écosystème vivant, où interagissent des jardiniers en herbe et d’autres plus aguerris, des personnes qui ont le bricolage dans la peau, des voisins qui nourrissent le compost, la mairie qui nous soutient grâce à des apports de BRF ou de paillage, les animaux et les insectes qui traversent, survolent, creusent…
Tout cela contribue à l’équilibre du lieu et permet à ces jardins d’exister, de rester accueillants, abondants, vivants. Je ne suis pas une butineuse, et je laisse volontiers ce travail à nos expertes : les abeilles, et compagnie.
Avec cette prise de conscience, petit à petit, ma posture a changé.
Je suis passée de l’envie d’être une permacultrice multi-thématiques à quelque chose de beaucoup plus juste pour moi : celle d’un fil conducteur.
De l’encyclopédie au fil conducteur
Aujourd’hui, je ne ressens (presque) plus le besoin d’être experte de tout. Je vois plutôt mon rôle comme celui de quelqu’un qui relie.
Lors des différentes escales de ma vie, j’ai souvent été ce “fil conducteur”, d’abord de manière involontaire. En mettant simplement des personnes en contact pour répondre à un besoin, en transmettant la bonne information, la bonne ressource, à la bonne personne.
C’est quelque chose que mes proches et mes collègues m’ont souvent renvoyé.
Et c’est peut-être aussi pour cela que j’ai bifurqué vers le métier de documentaliste d’entreprise, dont le cœur est précisément de rechercher la bonne information, pour la bonne personne, sous la bonne forme.
Relier des personnes engagées.
Relier des savoirs différents.
Relier des expériences de terrain avec des questionnements très concrets du quotidien.
Heureusement, il existe des experts. Des militants, des acteurs associatifs, des artisans, des praticiens, des personnes passionnées et compétentes. Et surtout, des personnes qui agissent, chacune à sa manière.
C’est de là qu’est née cette envie nouvelle : donner la parole, créer des ponts, rendre ces parcours visibles et accessibles.
Agir à sa manière… et sentir que ça en vaut la peine
En ce moment, mon ancrage reste très fort autour de la sobriété et du zéro déchet.
Ce sont des portes d’entrée concrètes, rassurantes, puissantes aussi.
Mais je m’autorise désormais à élargir, sans me disperser.
Ce voyage m’a appris une chose essentielle : agir à son niveau, à sa manière, ça compte vraiment. Je le répète souvent lors des ateliers « Inventons nos vies bas carbone ».
Et pas seulement pour “l’impact”. Mais parce que c’est agréable, cohérent, nourrissant.
On n’a pas besoin d’être parfait.
On n’a pas besoin de tout porter.
On a juste besoin de trouver sa place dans l’écosystème.
Alors si je devais résumer cette étape du voyage, je dirais ceci : je ne cherche plus à tout savoir. Je cherche à relier mieux.
Et c’est justement cette envie de relier, de donner la parole à celles et ceux qui agissent à leur manière, qui m’amène aujourd’hui à explorer un nouveau format.
Un espace pour écouter des parcours, des bifurcations, des déclics, des doutes aussi.
Un espace pour continuer ce voyage… ensemble. Et si vous avez terriblement envie d’en savoir plus, abonnez-vous pour recevoir une carte postale 😉
Cet article participe au carnaval d’articles “Ce voyage qui a changé ma vie”, organisé par le blog Noirenvoyage . J’apprécie beaucoup le style, l’écriture de l’autrice de ce blog, et l’un de mes articles préférés est Kisumu, le souffle du lac Victoria : récit d’un voyage authentique. Et évidemment je vous invite également à lire son article Voyage responsable : et si c’était le meilleur choix pour la terre ?
Crédit photo : Image par yinet gomez de Pixabay
En savoir plus sur Abeille Eco-Lierre
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Un texte touchant et inspirant, qui montre avec justesse que changer de direction fait aussi partie du voyage.
Merci pour ce partage sincère.
Merci Adriana et avec plaisir.